Qui se cache derrière l’œuvre d'art?

Les 25 artistes plasticiens béninois participant à l'Expo Bois Bénin
Qui sont ces hommes qui vivent de
la passion de l’art, qui créent des univers et poursuivent inlassablement la
quête du Beau par des moyens d’expression toujours plus originaux ? Tous ensemble,
ils représentent l’art contemporain du Bénin et chacun est un artiste à part.
Qui se cache derrière l’œuvre d'art?
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Les 25 artistes plasticiens béninois participant à l'Expo Bois Bénin |
Ce
qui les résume le mieux est peut-être cet extrait de Moby Dick de Melville.
« Ils étaient un seul homme ; non pas trente. Comme
le vaisseau qui les contenait, tous étaient faits de choses différentes :
chêne, érable, pin, goudron et chanvre (toutes se combinant néanmoins entre
elles pour ne former qu’une unique coque lancée sur son chemin, équilibrée et
dirigée par la longue quille centrale), les individualités différentes de
l’équipage, le courage de cet homme, les craintes de cet autre, toutes les
variétés humaines se trouvaient une seule »
Ici vous aurez des photos, des films et des articles qui dessineront en creux le portrait de ces artistes qui sont réunis dans le Bois Sacré. Une façon de passer derrière l'oeuvre d'art comme on traverserait le miroir...
Euzebe Adjamalé
Euzebe Adjamalé est
un élève de Cyprien Tokoudagba. Son maître acquit sa notoriété par sa
participation à l'exposition "Les Magiciens de la terre" en 1989. Peintre
et sculpteur, son activité artistique se concentrait sur la décoration des
couvents vaudou et sur la restauration de tous les bas-reliefs des palais
royaux d'Abomey.
Euzebe, à la suite de
Cyprien, récemment décédé, perpétue les pratiques décoratives des édifices
dédiés au Vaudou, tout en développant un travail personnel croisant diverses
influences mais qui reste dominé par les références au panthéon vaudou.
Lorsqu'il a découvert
de l'oeuvre Ousmane Sow, Euzebe s'est lancé dans la sculpture monumentale en
papier mâché. Plusieurs installations mélangeant peinture et sculpture, mettent
en scène la consultation chez le devin ou illustrent des mythes. Certaines
sculptures très expressionnistes, au contraire, parlent de la vie quotidienne,
non sans humour. Le souci de l’artiste est de transmettre à travers sa peinture
des messages. Cette édification morale est une préoccupation partagée par de
nombreux artistes au Bénin.
Patricia Gérimond
Zansou Kougblénou, le poète!
Cet artiste plasticien est né en 1968 à
Bohicon dans une famille d’artisans. Poète, philosophe, amoureux des concepts
neufs, forgeur de néologismes il a besoin de verbaliser son travail de
défricheur et de déchiffreur de nouveaux territoires plastiques à travers des
néologismes, des mots-valises qui rendent compte de son évolution.
Les Bicquiyures. |
Zansou élabore, année après année, une
œuvre personnelle qui n’a aucune parentèle avec les autres plasticiens du
Bénin. L’artiste, dans un cheminement rimbaldien, se fait voyant et nous restitue ses visions
d’Outre-monde, peuplées de fées, de beauté sidérantes, des pêches miraculeuses,
etc.
Zansou est un artiste à l’inspiration phosphorescente
dont l’œuvre évolue et s’approfondit saison après saison. Artiste qui ne se
bride pas, il suit sa pente créatrice ascendante, et son œuvre qui se nourrit à
toutes les sources éclatera en gerbes d’illuminations comme un immense feu de
Bengale.
Remy Samuz, sculpteur du vide
Remy Sossouvi est né à Cotonou en 1982. Il
s’est choisi Remuz Samuz pour nom d’artiste. Le jeune homme a appris son art en regardant les oiseaux. Au
serin qui construit un nid solide avec des brins de paille, alliant solidité et
légèreté, Remy Samuz a pris la technique. Ses sculptures de fil de fer tissé
dégagent une impression de force et d’apesanteur.
L’univers de Remy Samuz est d’une extrême
légèreté car il pose sur le monde un
regard qui habille tout de lumière. C’est un univers aristocratique peuplé des
reines et des princesses au maintien altier, aux attaches fines comme des
gazelles. Et des hommes, beaux et géants,
aux corps qui dégagent de la vitalité comme des fontaines de jouvence. Tout
est mouvement, fluidité, légèreté. Ses sculptures jouent avec la lumière qui
les traverse de sorte qu’elles semblent irradier une énergie intérieure. Bien
que son travail soit base sur le vide, le creux, ses personnages sont habités.
Comme si un souffle de vie courait dans ces entrelacs de fer et animait ses
sculptures.
Rémy Samuz est un créateur heureux. De la
création, il ne connait pas les affres, seulement les transports. Et c'est pourquoi ces
sculptures ont ce côté joyeux, hédonistes et que circuler entre ses personnages distille une bouffée d’optimisme. Sa
statuaire est un sas qui décontamine du défaitisme ambiant.
ZOUNT, Sculpteur de Géants
Zount, de son vrai nom Philippe Zountégni Houédanou
est de la lignée des forgerons. Cet artiste sculpteur unit dans sa pratique la
condition duale du créateur africain. Artisan pour améliorer le quotidien et
artiste pour dire son mot au monde. Et une co-existence de l’un et de l’autre sans
conflit ni déchirement. Comme les deux faces d’une pièce de monnaie. Artisan,
il produit une multitude de petits bonshommes peints qui s’arrachent comme des
petits pains.
Et artiste ayant des choses à dire sur la
marche du monde, il fomente des formes nouvelles arrachées à la ferraille. Il compose
des sculptures monumentales qui réactualisent le folklore traditionnel tout en
étant moderne dans sa démarche. Il réussit à accroché le passé au présent comme
un talisman au cou de ces géants.
Charly D'Almeida, la vigie
Charly d’Almeida est né en 1968 au Bénin. L’artiste
a longtemps vécu en France. Rentré au pays, l’artiste tel Antée reprend contact
avec la terre et sent sa puissance décuplée. Ainsi, restitué à sa terre et devenu père, son œuvre questionne notre
rapport au monde et ce que l’on laisse aux générations à venir.
D’où une peinture plus soucieuse de l’état du
monde et des dégâts que l’homme inflige à la Terre. Ces toiles fissurées et
recousues comme des blessures mal suturées interpellent sur la béance de la
couche d’ozone.
Des amulettes envahissent le bas des tableaux telle
une cohorte toujours en mouvement, comme des objets ballotés par les flots. Et
parfois, des cordelettes, des objets divers s’invitent dans le tableau et
prennent des postures ou des poses anthropomorphes.
Et la peinture tend de plus en plus vers la
monochromie en ce sens que domine une couleur qui se dégrade en petites nuances,
divisant la toile en 3 niveaux comme si chaque toile était un relevé de l’état
du ciel, de la terre et des fonds marins.
Toutes les œuvres de l’artiste appellent à une
prise de conscience de la précarité de la planète. Discours écologiste, peinture
contemporaine qui convoque cependant des moyens d’expression, statuettes,
symboles, artefacts, propres à sa culture africaine dans une expression très
personnelle.
Dominique Zinkpè: Le peintre de l'invisible
Dominique
Zinkpè est né en 1969 à Abomey. Artiste touche-à-tout parce que tout le touche,
il construit une œuvre-pieuvre, tentaculaire qui se déploie dans la sculpture,
le dessin, la peinture et les installations. Artiste boulimique, rien ne
résiste à son appétit de créateur. Ainsi cosmogonies vaudou, artefacts du
christianisme, éclats du quotidien, travers de la société, tout cela nourrit
son inspiration et irrigue une œuvre profuse, inquiétante et satirique autour
de laquelle flotte un parfum de mysticisme irréligieux.
Il
a fait sienne la maxime de Terence -rien de ce qui est humain ne lui est
étranger-et son œuvre questionne l’homme dans ses dimensions physique et
spirituelle, dans sa chair et son âme. Sa peinture est un théâtre
tragico-comique avec des êtres étranges, personnages torturés, animaux étranges
qui s’agitent, s’accouplent, et vivent.
C’est
un univers halluciné, un autre monde qu’entrevoit le peintre qui somme la
peinture de montrer l’invisible, de capter le frémissement des âmes et des
esprits. Si ses peintures rappellent James Ensor et Francis Bacon, elles sont
avant tout, une tentative de pousser la peinture dans ses extrêmes
possibilités, de capturer le souffle des esprits sur la toile.
Son
travail, par son ancrage dans sa culture et son ouverture au monde, fait penser
au Sankofa, l’oiseau de la mythologie ashanti qui vole la tête tournée vers
l’arrière et qui symbolise la nécessaire fusion entre passé et présent, d’aller
avec sa culture à la rencontre de l’Autre.
Aston, l'Alchimiste.
ASTON |
Aston est un quinquagénaire qui vit et travaille au Bénin. Musicien et sculpteur assembliste. Il élabore depuis 1991 une œuvre singulière et protéiforme. Des rebuts de la société de consommation, carcasses de réfrigérateur, de téléviseur, pales de ventilateur, monceaux de bois, de tissu, bric-à-ric de plastique, de boîtes de conserve, de toute chose abandonnée, il fait œuvres d’art, suivant en cela Lao Tseu qui rêvait de « donner valeur au presque rien ».
Tout objet qui échoit entre ses mains
bénéficie d’une seconde vie, est transfiguré en objet d’admiration. Dieu des Petits riens, il applique aux
choses la promesse biblique faite aux hommes de retrouver la félicité dans
l’au-delà après une vie bien remplie.
Créer semble participe de la respiration de
cet homme tant la création est présente dans son quotidien. Il organise le chaos. Avec minutie. Ses
créations sont un assemblage de bric et de broc mais jamais elle ne tombe
dans la surcharge. Profusion mais pas
désordre.
Ezéchiel Méhomè dans son atelier à Porto-Novo au Bénin
Théodore Dakpogan dans son atelier à Porto-Novo au Bénin

Théodore DAKPOGAN
Théodore Dakpoglan est un sculpteur cinquantenaire (1956 à Ouidah) qui fait de la récupération. Issu d’une lignée de forgerons, Théodore a été artisan avant de bifurquer vers des œuvres plus personnelles.
Au début, ses œuvres avaient la patine du
métal rouillé, et puis, est venue la couleur.
Ce sont les objets qui
s’incorporent dans l’œuvre et y apportent leurs couleurs et leurs
motifs. De morceaux de plats d’émail et d’objets de récupération qu’il organise
pour faire des masques ou des statues.
Par ailleurs l’art de Théodore Dakpoglan vaut
par son engagement social. Ses œuvres sont un théâtre au service de la satire
sociale. La sculpture Allô, à l’eau
joue sur l’homophonie entre ces deux termes pour stigmatiser la propension de
ces contemporains à tomber dans la société de consommation, préférant le futile
à l’utile. La possession d’un téléphone portable passe avant le droit à une eau
potable. Et Education dégoûtante, un
assemblage de plats figurant une Lolita béninoise met le doigt sur la perte de
valeurs morales, l’indécence de la mode vestimentaire des jeunes filles.
Théodore Dokpoglan en sublimant le rebut en œuvre d’art articulant un discours sur la société réussit le pari de Lao Tseu : donner de la valeur au rien.
Eusèbe Adjamalé dans son atelier à Abomey au Bénin
Virgil Nassara dans son atelier à Porto-Novo au Bénin
LUDOVIC FADAÏRO, LE PEINTRE PENSEUR
Fadaïro
signifie « sauvé par le Fa ». Il a longtemps vécu en Côte d’Ivoire avant
de rentrer au Bénin. C’est un septuagénaire aux cheveux blancs, au regard
malicieux et à la voix douce piquetée de justes colères. Contre la facilité et
les lieux communs de la création. Fadaïro
a la parole métaphorique des sages. Pour beaucoup de jeunes artistes béninois, il est un maître et un modèle.
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Les Soldats de L.Fadaïro |
Depuis un
demi-siècle, Fadaïro construit loin des bruits et fureurs du monde une œuvre exigeante qui n’exige rien de personne mais tout de son
créateur. C'est une œuvre qui emprunte les chemins de
traverse parce que l'artiste a jeté l'académisme et le pinceau aux orties. Il refuse les cloisons et le diktat des genres et fait de la sculpeinture. C'est en plongeant les doigts dans les pigments qu'il retrouve
le geste primal de l’artiste africain. Fin connaisseur de son patrimoine culturel et cultuel, il parsème son œuvre de signes du Fa, le livre du voudou.
Cet artiste peintre est un philosophe qui écrit Des Pensées de couleurs. Penseur parce qu’il questionne le monde. Sans se préoccuper de la réponse car l'interrogation est la plus importante des deux.
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